Essai Liberté 4

 

L’explication de la condition humaine par "l’instinct vs l’intellect" est Ă©vidente et rĂ©elle, comme tous ces grands penseurs le dĂ©montrent

 

(ceci est une version abrĂ©gĂ©e de l’Essai LibertĂ© 53)

 

Par Jeremy Griffith, 2018

 

Dans cette prĂ©sentation, Jeremy Griffith souligne qu’il n’est pas la premiĂšre personne Ă  avoir identifiĂ© les Ă©lĂ©ments instinct vs intellect impliquĂ©s dans la production de la condition humaine. Comme il le rĂ©vĂšle, il y a eu de nombreux penseurs tout au long de l’histoire—en fait beaucoup de grands penseurs renommĂ©s—qui ont reconnu que la rĂ©ponse Ă  notre condition humaine colĂ©rique, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ©e rĂ©sidait dans la comprĂ©hension qu’un affrontement devait avoir eu lieu entre nos instincts dĂ©jĂ  Ă©tablis et notre esprit conscient plus rĂ©cent.

Regardez la présentation ici :

 

 

Cette prĂ©sentation apparaĂźt Ă©galement comme VidĂ©o 4 dans les vidĂ©os principales au dĂ©but de notre page d’accueil Ă  www.humancondition.com/fr.

 

La Transcription de cette vidéo

 

Orange quote mark

Rebonjour.

 

PremiĂšrement, ce que je vais maintenant prĂ©senter est essentiellement un bref rĂ©sumĂ© d’une description plus longue que je donne dans l’Essai LibertĂ© 53 de la raison pour laquelle l’explication instincts vs intellect de la condition humaine (que je viens de dĂ©crire dans la vidĂ©o/essai prĂ©cĂ©dente) est l’explication Ă©vidente et rĂ©elle de cette condition. (Veuillez noter que les sources de citation non fournies dans cette prĂ©sentation peuvent ĂȘtre trouvĂ©es dans l’Essai LibertĂ© 53.)

 

PARTIE 1 Penseurs des temps anciens qui ont reconnu le conflit entre nos instincts moraux et notre esprit conscient, et les preuves fournies par les bonobos sur la façon dont nous avons acquis nos instincts moraux

 

Je ne suis pas la premiĂšre personne Ă  identifier les Ă©lĂ©ments d’instinct vs intellect impliquĂ©s dans la production de la condition humaine. Comme je le dĂ©cris dans les chapitres 2:6 et 2:7 de mon livre LIBERTÉ : La Fin De La Condition Humaine, il y a eu de nombreux penseurs Ă  travers l’histoire—en fait beaucoup de grands penseurs renommĂ©s—qui ont reconnu que la rĂ©ponse Ă  notre condition humaine colĂ©rique, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ©e rĂ©sidait dans la comprĂ©hension qu’un conflit devait s’ĂȘtre produit entre nos instincts dĂ©jĂ  Ă©tablis et notre esprit conscient apparu plus rĂ©cemment.

 

 

L’effet “double peine” d’avoir des instincts moraux

Avant de prĂ©senter le travail de certains de ces penseurs, je tiens Ă  souligner que tout ce qui est nĂ©cessaire pour produire un Ă©tat psychologiquement bouleversĂ© chez une espĂšce est qu’elle devienne pleinement consciente, car cette capacitĂ© d’auto-ajustement devra naturellement dĂ©fier les instincts dictatoriaux non-comprĂ©hensifs, intolĂ©rants. Peu importe l’orientation particuliĂšre des instincts de l’espĂšce, le fait que les instincts ne soient pas comprĂ©hensifs signifie qu’un affrontement perturbant avec l’esprit conscient basĂ© sur la comprĂ©hension et autorĂ©gulateur doit se produire. IndĂ©pendamment de l’orientation instinctive d’une espĂšce, si elle dĂ©veloppe un esprit pleinement conscient, une bataille perturbante doit avoir lieu entre ces instincts et l’esprit conscient.

Mais surtout, cela ne signifie pas que l’orientation particuliĂšre des instincts d’une espĂšce ne peut pas avoir un impact sur le conflit avec son esprit conscient. Cela peut l’affecter considĂ©rablement, comme cela a Ă©tĂ© le cas lorsque nous, les humains, sommes devenus pleinement conscients. Comme indiquĂ© dans la deuxiĂšme vidĂ©o/essai de cette sĂ©rie, nous, les humains, avons des instincts moraux coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, dont nous appelons “notre conscience” la voix ou l’expression [note du traducteur : dans la langue française le mot “conscience” dĂ©signe Ă  la fois la conscience morale (“avoir bonne conscience”, notre notion intrinsĂšque du Bien et du Mal) et l’objet de la pensĂ©e consciente (“avoir conscience de”, dĂ©signant l’action de l’esprit conscient). Il convient donc de distinguer ces notions en “conscience morale” et “esprit conscient”]. Charles Darwin a reconnu notre nature morale distincte lorsqu’il a Ă©crit que « le sens moral offre peut-ĂȘtre la meilleure et la plus haute distinction entre l’homme et les animaux infĂ©rieurs ». Ce qui est si important chez des humains ayant des instincts moraux coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, c’est que lorsque nous sommes devenus pleinement conscients, que nous avons commencĂ© Ă  expĂ©rimenter avec la comprĂ©hension, et avons Ă©tĂ© critiquĂ©s par nos instincts et avons inĂ©vitablement rĂ©pondu de maniĂšre colĂ©rique, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ©e, la critique de nos instincts fĂ»t encore plus grande parce qu’ils s’attendaient Ă  ce que nous nous comportions de maniĂšre coopĂ©rative, dĂ©sintĂ©ressĂ©e et aimante. Dans notre recherche nĂ©cessaire de comprĂ©hension, nous avons d’abord Ă©tĂ© injustement condamnĂ©s pour avoir dĂ©fiĂ© nos instincts, puis de nouveau pour avoir rĂ©agi Ă  cette condamnation d’une maniĂšre contraire et offensante Ă  nos instincts. Nous avons dĂ» endurer une “double peine” de critique lorsque nous sommes devenus conscients ! (Cet effet de “double peine” liĂ© Ă  nos instincts moraux spĂ©cifiques est dĂ©crit dans l’Essai LibertĂ© 24 et en profondeur dans le chapitre 3:5 de LIBERTÉ.)

Et comme je vais l’expliquer plus en dĂ©tails sous peu, la terrible “double peine” de douleur infligĂ©e Ă  notre esprit conscient pour avoir offensĂ© les instincts moraux spĂ©cifiques de notre espĂšce est la raison principale de la frustration et de la colĂšre sous-jacentes dans notre comportement, ainsi que des immenses culpabilitĂ© et insĂ©curitĂ© qui ont nĂ©cessitĂ© que nous adoptions l’excuse manifestement malhonnĂȘte des “instincts sauvages” que j’ai dĂ©crite dans la VidĂ©o/​Essai LibertĂ© 2.

 

Penseurs des temps anciens qui ont reconnu le conflit instincts moraux vs intellect conscient comme la source de la condition humaine

AprĂšs avoir expliquĂ© que le conflit entre les instincts et l’intellect a Ă©tĂ© grandement aggravĂ© dans le cas de notre espĂšce par nos instincts moraux coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, je veux maintenant prĂ©senter la reconnaissance de ce conflit par certains des plus grands penseurs des temps anciens (plus tard je mentionnerai des penseurs similaires de l’époque contemporaine).

 

Statue of ‘Moses’ by Michelangelo, San Pietro in Vincoli, 1513-15
Cover of ‘The Bible’

MoĂŻse reprĂ©sentĂ© par Michel-Ange, avec les cornes symbolisant qu’il Ă©tait ​capable
de parler avec Dieu, et de se confronter à la vérité du sens intégratif de la vie.
(Le Sens IntĂ©gratif et sa personnification par “Dieu” est expliquĂ© dans l’Essai LibertĂ© 23.)

 

J’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ© dans ma prĂ©cĂ©dente prĂ©sentation l’histoire d’Adam et Eve, vieille de 3500 ans, par le grand prophĂšte hĂ©breu MoĂŻse, qui dĂ©crit Adam et Eve comme vivant dans l’état d’innocence originelle du jardin d’Eden (la dĂ©finition du dictionnaire pour le mot “ Ă©dĂ©nique ” est « la premiĂšre maison d’Adam et Eve
 un Ă©tat d’innocence, de fĂ©licitĂ© ou de bonheur ultime » (The Free Dictionary)), et comment ils ont ensuite pris le fruit de l’arbre de la connaissance, ce qui signifie Ă©videmment qu’ils sont devenus conscients, moment auquel ils sont devenus les victimes d’un comportement de division ou de “pĂ©chĂ©â€. C’est donc une reconnaissance du fait que nous avons autrefois vĂ©cu en coopĂ©ration et avec amour, puis que nous sommes devenus conscients et que nous avons apparemment perdu la partie en devenant des pĂ©cheurs “mauvais”, coupables, compĂ©titifs et agressifs mĂ©ritant d’ĂȘtre “bannis” du jardin d’Eden.

Bien sĂ»r, ce qui manque dans le rĂ©cit de MoĂŻse, c’est l’explication rĂ©demptrice critique de POURQUOI la recherche de connaissances nous a rendus colĂ©riques, Ă©gocentriques et aliĂ©nĂ©s, ce que, comme je l’ai soulignĂ© dans ma prĂ©sentation prĂ©cĂ©dente, la science a depuis rendu possible avec sa dĂ©couverte de la diffĂ©rence de fonctionnement entre les gĂšnes et les nerfs—à savoir que si les gĂšnes peuvent donner des orientations aux espĂšces, les nerfs doivent comprendre les relations de cause Ă  effet. Tous les Ă©lĂ©ments impliquĂ©s dans la production de la condition humaine par les instincts moraux en dĂ©saccord avec l’esprit conscient sont prĂ©sents dans l’histoire d’Adam et Eve de MoĂŻse.

 

American journalist and educator, Richard Heinberg giving a public presentation

Richard Heinberg (1950– )

Richard Heinberg’s book ‘Memories and Visions of Paradise’

 

Des reconnaissances similaires de l’existence du passĂ© coopĂ©ratif et aimant de notre espĂšce, qui s’est corrompue lorsque nous sommes devenus conscients, peuvent ĂȘtre trouvĂ©es dans d’autres religions. Par exemple, le Bouddhisme Zen parle de la perte d’un Ă©tat pur et non contaminĂ© Ă  la suite de l’intervention de l’esprit conscient, faisant rĂ©fĂ©rence Ă  « la contamination de l’affect (klesha) » ou « l’interfĂ©rence de l’esprit conscient prĂ©dominĂ© par l’intellection (vijñāna) ». Et les Ă©critures TaoĂŻstes prĂ©sentent une description de nos lointains ancĂȘtres comme Ă©tant « les Hommes de la Vertu Parfaite ». En effet, comme l’écrivain amĂ©ricain Richard Heinberg le souligne dans son livre Memories & Visions of Paradise, chaque culture humaine a un mythe impliquant Ă  la fois l’émergence de l’esprit conscient et une “chute” d’un “Âge d’Or” originel de solidaritĂ© et de paix. Comme Heinberg l’a rĂ©sumĂ© dans la deuxiĂšme Ă©dition (1990) de son livre, « Toute religion commence par la reconnaissance que la conscience humaine a Ă©tĂ© sĂ©parĂ©e de la Source divine, qu’un ancien sens d’unité  a Ă©tĂ© perdu
 partout dans la religion et le mythe il y a une reconnaissance que nous nous sommes Ă©cartĂ©s d’une ... innocence originelle et que nous ne pouvons y revenir que par la rĂ©solution d’une profonde discorde intĂ©rieure ... la cause de la Chute est dĂ©crite de diverses maniĂšres comme la dĂ©sobĂ©issance, comme la consommation d’un fruit dĂ©fendu [de l’arbre de la connaissance], et en tant qu’amnĂ©sie spirituelle [l’oubli, le blocage, l’aliĂ©nation/psychose] ». Encore une fois, cette « rĂ©solution d’une profonde discorde intĂ©rieure » entre notre Ă©tat « sĂ©parĂ© » d’« innocence originelle » et notre esprit « conscient » dĂ©pendait de la science pour fournir une comprĂ©hension du fonctionnement des gĂšnes et des nerfs.

 

Detail of a mosaic by Monnus of Hesiod, 3rd century; in the Rhenish State Museum, Trier, Ger.

Hésiode,
sur la mosaĂŻque de Monnus, vers 200

Painting of Prometheus cries out in pain as an eagle begins to eat his liver in ‘The Torture of Prometheus’ by Gioacchino Assereto

La Torture de Prométhée
par Gioacchino Assereto, vers 1630

 

Plus tard dans l’Essai LibertĂ© 53, qui, comme je l’ai mentionnĂ©, est une prĂ©sentation plus longue et plus complĂšte de ce que j’explique dans cet exposĂ©, j’inclus les descriptions faites par Heinberg de nombre de ces mythes culturels et enseignements religieux qui reconnaissent les Ă©lĂ©ments des “instincts naĂŻfs, innocents, coopĂ©ratifs et aimants contre l’intellect conscient auto-ajustĂ© nouvellement dĂ©veloppĂ©â€ de la condition humaine—des SumĂ©riens aux Babyloniens, aux Perses, aux HĂ©breux, aux Égyptiens, aux Africains, aux Hindous, aux AmĂ©ricains, aux Chinois, aux Romains et aux Grecs. À titre d’exemple, dans le cas des Grecs de l’AntiquitĂ©, Heinberg cite le trĂšs grand poĂšte grec HĂ©siode qui, environ 800 ans av. J.-C., Ă©crivit ceci Ă  propos du temps prĂ©conscient de notre espĂšce (j’insiste sur le texte soulignĂ©) : « Quand les dieux et les mortels sont nĂ©s / Une race d’or, les immortels sur terre se sont formĂ©s
Comme des dieux ils vivaient, avec un esprit calme et serein/ Libres des peines et de l’angoisse de notre espĂšce / La vieillesse misĂ©rable sur eux ne pesait pas
Etrangers Ă  la maladie, leur vie en festins coulait Ă  flots
Mourant, ils sombraient dans le sommeil, et ne semblaient pas mourir / Tous les biens Ă©taient Ă  eux ; le sol fĂ©cond produisait de lui-mĂȘme une abondante et gĂ©nĂ©reuse rĂ©colte ; le travail leur Ă©tait inconnu / Ils avaient des bien abondants au milieu de terres tranquilles / Tous spontanĂ©ment partageaient la cueillette de leurs mains. » Alors oui, ils n’avaient pas un esprit conscient troublĂ©, et ils vivaient une vie de partage et de douceur.

HĂ©siode a Ă©galement racontĂ© comment cet “Âge d’Or” a pris fin, racontant comment PromĂ©thĂ©e a volĂ© le feu—qui, comme je vais l’expliquer sous peu, reprĂ©sente l’esprit conscient—de ses frĂšres dieux et l’a donnĂ© aux humains pour leur usage, un acte qui a rendu furieux les Dieux, et Jupiter en particulier, qui a ripostĂ© « lorsqu’il vit parmi les hommes la lueur prolongĂ©e de la flamme, et 
 leur suscita soudain une grande infortune ». Jupiter a puni PromĂ©thĂ©e en le faisant attacher au sommet d’une montagne oĂč, chaque jour Ă  perpĂ©tuitĂ©, « il envoya contre lui un aigle aux ailes Ă©tendues qui rongeait son foie immortel ». Et il punit l’humanitĂ© en crĂ©ant la tristement cĂ©lĂšbre femme Pandore, qui ouvrit un grand « vase » contenant une multitude de « maux terribles » de sorte que « mille calamitĂ©s entourent les hommes de toutes parts : la terre est remplie de maux, la mer en est remplie, les maladies se plaisent Ă  tourmenter les mortels nuit et jour ». La punition de Jupiter pour le vol de feu de PromĂ©thĂ©e a mis fin Ă  “l’Âge d’Or” ; oĂč « Auparavant, les tribus des hommes vivaient sur la terre, exemptes des tristes souffrances, du pĂ©nible travail et de ces cruelles maladies 
 [il est apparu une situation oĂč] mille calamitĂ©s entourent les hommes de toutes parts ... les maladies se plaisent Ă  tourmenter les mortels nuit et jour et leur apportent en silence toutes les douleurs ». HĂ©siode raconte alors ses cinq Ăąges de l’homme—à partir de “l’Âge d’Or” de l’innocence est venu “l’Âge d’Argent” oĂč il y avait encore une certaine innocence, puis “l’Âge d’Airain” oĂč les hommes Ă©taient durs et guerriers, puis “l’Âge des HĂ©ros”, et enfin son propre Ăąge, le complĂštement corrompu “Âge de Fer”, oĂč la « misĂšre » s’est aggravĂ©e au point oĂč HĂ©siode crie : « PlĂ»t aux dieux que je ne vĂ©cusse pas au milieu de la cinquiĂšme gĂ©nĂ©ration ! Que ne suis-je mort avant ! Que ne puis-je naĂźtre aprĂšs ! C’est l’ñge de fer qui rĂšgne maintenant. Les hommes ne cesseront ni de travailler et de souffrir pendant le jour ni de se corrompre pendant la nuit ». À la lumiĂšre de ce qui a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©, nous pouvons maintenant comprendre que dans cette histoire le feu est la mĂ©taphore de l’intellect conscient (comme dans de nombreuses mythologies; en effet, “PromĂ©thĂ©e” signifie littĂ©ralement “prĂ©voyance”), et que les consĂ©quences de l’apparition de la conscience chez les humains Ă©taient des « maux terribles », des « calamitĂ©s » et « douleurs », ce qui explique pourquoi PromĂ©thĂ©e a Ă©tĂ© puni par les Dieux—à leurs yeux, son don de la conscience aux humains Ă©tait responsable de « corrompre » l’espĂšce humaine, de notre rupture avec les idĂ©aux Divins.

Ainsi, les Ă©lĂ©ments d’une orientation instinctive morale originelle qui sont ensuite entrĂ©s en conflit avec un esprit conscient Ă©taient prĂ©sents dans ces mythes de la GrĂšce antique, mais bien sĂ»r, comme Ă  l’époque de MoĂŻse, la connaissance scientifique permettant de justifier de la bonne raison expliquant POURQUOI le conflit s’est produit n’existait pas.

 

Sculpted bust of Plato, ancient Greece philosopher, by Silanion c. 370 BCE for the Academia in Athens. Preserved in the Capitoline Museum, Rome.

Platon (vers 428 -348 av. JC)

Plato’s ‘Phaedrus’ book cover

 

Platon, comme HĂ©siode, est un autre trĂšs grand penseur de la GrĂšce antique. En effet, Alfred North (A.N.) Whitehead, lui-mĂȘme l’un des philosophes les plus rĂ©putĂ©s du vingtiĂšme siĂšcle, a dĂ©crit l’histoire de la philosophie comme Ă©tant simplement « une sĂ©rie de rĂ©fĂ©rences Ă  Platon ». Puisque la philosophie est l’étude des « vĂ©ritĂ©s sous-jacentes Ă  toute rĂ©alitĂ© » (Macquarie Dictionary, 3e Ă©d., 1998), et que Platon Ă©tait le champion de cette Ă©tude des vĂ©ritĂ©s sous-jacentes Ă  toute rĂ©alitĂ©, nous pouvons nous attendre Ă  ce que Platon reconnaisse Ă©galement les Ă©lĂ©ments de la condition humaine relatifs aux instincts moraux vs l’intellect conscient, et il l’a certainement fait. En 360 avant JC, il a donnĂ© cette description exceptionnellement honnĂȘte du temps prĂ©conscient de notre espĂšce dans un Ă©tat d’innocence: « [il fut un temps oĂč l’on...]  contemplait le plus beau spectacle, [et l’on Ă©tait] initiĂ©s Ă  des mystĂšres qu’il est permis d’appeler les plus saints de tous, et que nous cĂ©lĂ©brions vĂ©ritablement quand, jouissant encore de toutes nos perfections et ignorant les maux de l’avenir, nous admirions ces beaux objets parfaits, simples, pleins de bĂ©atitude et de calme, qui se dĂ©roulaient Ă  nos yeux au sein de la plus pure lumiĂšre, non moins purs nous-mĂȘme, et libres encore de ce tombeau qu’on appelle le corps, et que nous trainons avec nous comme l’huitre traine la prison qui l’enveloppe ». Platon a Ă©galement donnĂ© cette autre description honnĂȘte de “l’Âge d’Or” innocent du passĂ© de notre espĂšce, en dĂ©crivant une Ă©poque oĂč nous vivions une « vie bĂ©nie et spontanĂ©e... et qu’il n’y avait ni violence, ni dĂ©voration de l’autre, et qu’il n’y avait ni guerre ni querelle
 En ce temps-lĂ , Dieu lui-mĂȘme Ă©tait leur berger, et les gouvernait [en d’autres termes, notre moi instinctif originel Ă©tait orientĂ© Ă  suivre des idĂ©aux coopĂ©ratifs et d’amour] » et « Sous sa gouverne, il n’y avait ni Etats ni possession de femmes et d’enfants ; car tous les hommes naissaient encore de la terre, sans garder aucun souvenir de leur passĂ© [nous vivions dans un Ă©tat prĂ©conscient]. Et...ils avaient Ă  profusion des fruits que leur donnaient les arbres et autres plantes, fruits qui poussaient sans culture et que la terre produisait d’elle-mĂȘme. Ils vivaient la plupart du temps en plein air sans habit et sans lit ; car les saisons Ă©taient si bien tempĂ©rĂ©es qu’ils n’en souffraient aucune incommoditĂ© et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épais gazon qui sortait de la terre. »

Pour dĂ©crire l’émergence de la conscience et la corruption de nos instincts moraux aimants, Platon a utilisĂ© une analogie de char Ă  deux chevaux dans laquelle l’esprit conscient « bondit et saute avec violence, [et] donne toutes les peines Ă  son compagnon d’attelage [nos instincts moraux coopĂ©ratifs et aimants]
 [En commettant] des actes indignes et affreux [qui dĂ©fient nos instincts moraux] ». Et ailleurs, Platon a Ă©galement dĂ©crit comment, aprĂšs l’émergence de la conscience, les humains « durent se conduire par eux-mĂȘmes et prendre soin d’eux-mĂȘmes », aprĂšs quoi « le pilote de l’univers, lĂąchant la barre du gouvernail, se retira [lorsque l’état corrompu de la condition humaine a Ă©mergĂ©] » ; une situation dans laquelle il a dit : « pendant chaque pĂ©riode qui suit immĂ©diatement cet abandon, il administre encore tout pour le mieux [notre intellect s’est en grande partie reportĂ© Ă  nos instincts] ; mais Ă  mesure que le temps s’écoule et que l’oubli survient [de plus en plus de dĂ©ni malhonnĂȘte avec la sĂ©paration aliĂ©nante de notre moi moral instinctif parce qu’il nous critiquait de plus en plus] 
 et, Ă  la fin, il se dĂ©veloppe Ă  tel point que, ne mĂȘlant plus que peu de bien Ă  beaucoup de mal, il en arrive Ă  se mettre en danger de pĂ©rir lui-mĂȘme et tout ce qui est en lui ». Et c’est la situation Ă  laquelle nous sommes arrivĂ©s aujourd’hui oĂč la perturbation des humains est maintenant si grande que nous FAISONS face au « danger de pĂ©rir [nous]-mĂȘme » et notre monde avec !

De toute Ă©vidence, vivant Ă  une Ă©poque oĂč la science devait encore ĂȘtre dĂ©veloppĂ©e, Platon, comme MoĂŻse et HĂ©siode, Ă©tait Ă©galement incapable de fournir la bonne raison du POURQUOI nous avons quittĂ© notre Ă©tat “d’innocence”, Ă  savoir que “les-instincts-peuvent-orienter-mais-seuls-les nerfs-peuvent-comprendre", et sommes apparemment, comme il l’a dĂ©crit, devenus des personnes « indignes » et mauvaises.

 

Les bonobos attestent de notre héritage affectif, coopératif et aimant

Comme c’est probablement une question trĂšs urgente dans l’esprit de l’auditeur/lecteur, je vais maintenant expliquer briĂšvement comment nos lointains ancĂȘtres singes sont arrivĂ©s Ă  vivre dans un Ă©tat instinctif coopĂ©ratif et aimant. En effet, cette question de savoir comment nous, les humains, avons acquis notre moi ou notre Ăąme instinctive morale a Ă©tĂ© l’une des grandes questions biologiques en suspens. Et la raison pour laquelle cela a Ă©tĂ© une question si importante pour nous, les biologistes, c’est parce que nous savons que les gĂšnes ne peuvent normalement pas sĂ©lectionner des traits inconditionnellement auto-sacrificiels et pleinement coopĂ©ratifs, simplement parce que ces traits ont tendance Ă  s’auto-Ă©liminer et ne peuvent donc normalement pas s’établir dans une espĂšce—“Bien entendu, vous pouvez ĂȘtre altruiste envers moi et sacrifier vos gĂšnes pour moi, mais je ne suis pas prĂȘt Ă  faire la mĂȘme chose et sacrifier mes gĂšnes pour vous.” Le processus de sĂ©lection naturelle dicte que l’opportunisme Ă©goĂŻste exploitera toujours l’altruisme. Alors, comment un processus aussi Ă©goĂŻste aurait-il pu crĂ©er un tel altruisme aimant en nous ? Comme il est expliquĂ© dans l’Essai LibertĂ© 21, la façon dont cela a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© chez nos ancĂȘtres Ă©tait par les soins maternels.

Pour expliquer ce qui est si important avec les soins administrĂ©s par une mĂšre Ă  sa progĂ©niture, je dois d’abord souligner que l’instinct maternel d’une mĂšre de prendre soin de sa progĂ©niture est Ă©goĂŻste car elle assure la reproduction de ses gĂšnes en s’occupant de sa progĂ©niture qui porte ses gĂšnes. Le maternalisme est donc un trait Ă©goĂŻste qui, comme je viens de le dire, doit normalement l’ĂȘtre pour se reproduire et de se perpĂ©tuer dans la gĂ©nĂ©ration suivante. CEPENDANT, et c’est trĂšs important, du point de vue du nourrisson, le maternalisme a l’apparence d’ĂȘtre dĂ©sintĂ©ressĂ©. Du point de vue du nourrisson, il est traitĂ© de maniĂšre inconditionnellement altruiste—la mĂšre donne Ă  sa progĂ©niture nourriture, chaleur, abri, soutien et protection pour rien en retour. Il s’ensuit donc que si l’enfant peut rester en bas Ăąge pendant une pĂ©riode prolongĂ©e et ĂȘtre traitĂ© avec beaucoup d’amour apparemment inconditionnel, il sera endoctrinĂ© par cet amour dĂ©sintĂ©ressĂ© et grandira en se comportant en consĂ©quence. Comme expliquĂ© plus en dĂ©tail dans l’Essai LibertĂ© 21, le maternalisme Ă©goĂŻste peut entraĂźner un enfant Ă  la coopĂ©ration altruiste.

Et si nous pensons aux primates, Ă©tant semi-debout du fait de vivre dans les arbres, et ayant ainsi les bras libres pour tenir un bĂ©bĂ© Ă  charge, il est clair qu’ils sont particuliĂšrement facilitĂ©s pour soutenir et prolonger la relation mĂšre-enfant, et ainsi dĂ©velopper ce comportement aimant et coopĂ©ratif. Et en fait, la variĂ©tĂ© bonobo de chimpanzĂ©s, qui vit au sud du fleuve Congo en Afrique, est extraordinairement matriarcale, ou focalisĂ©e sur le rĂŽle fĂ©minin, et consacre Ă©normĂ©ment d’attention aux nourrissons, comme l’illustrent les photos suivantes, et par consĂ©quent les bonobos sont les plus coopĂ©ratifs et les plus aimants de tous les primates, comme le rĂ©vĂšlent les citations qui suivent. Et les bonobos sont aussi nos plus proches parents vivants, partageant 98,7% de notre ADN. Nous pouvons donc voir que les bonobos fournissent la preuve parfaite de la façon dont nos lointains ancĂȘtres singes sont devenus coopĂ©ratifs et aimants.

 

Collage of adult bonobo and infant dancing, adult with infant on her feet, and adults being gentle and loving to infant bonobos

Bonobos affectionnant leurs enfants

 

Citations illustrant la nature extraordinairement aimante des bonobos.

 

« Les bonobos adultes dĂ©montrent une grande compassion les uns envers les autres...Par exemple, Kitty, l’aĂźnĂ©e des femelles, est complĂštement aveugle et malentendant. Parfois, elle est perdue et confuse. Ils la prendront par la main et l’emmĂšneront simplement lĂ  oĂč elle doit aller »

Barbara Bell, gardienne de zoo

« La vie des bonobos est centrĂ©e sur la progĂ©niture. Contrairement Ă  ce qui se passe chez les chimpanzĂ©s, tous les membres du groupe social des bonobos aident aux soins des enfants et partagent la nourriture avec eux. Si vous ĂȘtes un bĂ©bĂ© bonobo, vous ne pouvez pas faire de mal
Les femelles bonobo et leurs bĂ©bĂ©s forment le noyau du groupe »

Primatologue Sue Savage-Rumbaugh

 

« Ce sont sĂ»rement les animaux les plus fascinants de la planĂšte. Ce sont les animaux les plus proches de l’homme... Une fois, j’ai Ă©tĂ© frappĂ© sur la tĂȘte par une branche sur laquelle Ă©tait suspendu un bonobo. Je me suis assis et le bonobo a remarquĂ© que j’étais dans une situation difficile et il est venu me prendre par la main et a dĂ©placĂ© mes cheveux en arriĂšre, comme ils le font. Alors ils vivent de compassion, et c’est vraiment intĂ©ressant Ă  vivre »

Réalisateur du film français Bonobos

«  L’amour des bonobos est comme un rayon laser. Ils s’arrĂȘtent. Ils vous regardent comme s’ils avaient attendu toute leur vie que vous marchiez dans leur jungle. Et puis ils vous aiment avec un tel abandon dĂ©vouĂ© que vous les aimez en retour. Vous devez les aimer en retour »

RĂ©cit de premiĂšre main sur la capacitĂ© illimitĂ©e d’amour des bonobos par la chercheuse spĂ©cialiste des bonobos Vanessa Woods Ă  partir de son Ă©tude dans leur habitat naturel du bassin du Congo

 

Vous pouvez en lire d’avantage sur l’incroyable coopĂ©ration
affective dans la vie des bonobos dans l’Essai LibertĂ© 21.

 

L’image suivante d’un groupe de bonobos se reposant dans une clairiĂšre herbeuse Ă©quivaut parfaitement Ă  la description que Platon a donnĂ©e plus tĂŽt de ce qu’était la vie des humains Ă  “l’Âge d’Or” de l’attention commune : « Ils vivaient la plupart du temps en plein air sans habit et sans lit ; car les saisons Ă©taient si bien tempĂ©rĂ©es qu’ils n’en souffraient aucune incommoditĂ© et ils trouvaient des lits moelleux dans l’épais gazon qui sortait de la terre. » Il est clair que nous avons une mĂ©moire instinctive parfaite (si nous ne choisissons pas de la nier) de ce Ă  quoi ressemblait la vie avant “la chute” parce que Platon ne connaissait pas l’existence des bonobos et savait pourtant exactement Ă  quoi ressemblait notre vie semblable-Ă -celle-des-bonobos avant “la chute”.

 

A group of Bonobos relaxing close to each other on green grass.

 

Votre prochaine question pourrait bien ĂȘtre : “Mais pourquoi n’ai-je pas entendu parler de cette explication raisonnablement Ă©vidente de la nature morale des humains ?” Eh bien, tout comme la vĂ©ritĂ© Ă©vidente que notre espĂšce vivait autrefois en coopĂ©ration et avec amour, cette vĂ©ritĂ© que nous avons acquis nos instincts moraux grĂące aux soins portĂ©s aux nourrissons a Ă©tĂ© une vĂ©ritĂ© insupportable alors que nous ne pouvions pas expliquer pourquoi nous, les humains, sommes devenus si compĂ©titifs et agressifs et par consĂ©quent avons perdu la capacitĂ© Ă  prendre adĂ©quatement soin de notre progĂ©niture avec un altruisme ou amour inconditionnel. La vĂ©ritĂ© du passĂ© coopĂ©ratif Ă©dĂ©nique, innocent et aimant de notre espĂšce, et la vĂ©ritĂ© que l’affection maternelle est ce qui nous a rendu humains, ont Ă©tĂ© toutes deux des vĂ©ritĂ©s impossibles Ă  accepter alors que nous ne pouvions pas vĂ©ritablement expliquer la condition humaine, expliquer pourquoi notre espĂšce a Ă©tĂ© corrompue et a perdu la capacitĂ© Ă  affectionner pleinement sa progĂ©niture. Comme il a Ă©tĂ© observĂ©, « les parents prĂ©fĂšrent admettre qu’ils sont des meurtriers Ă  la hache plutĂŽt qu’une mauvaise mĂšre ou un mauvais pĂšre » !

 

Encore une fois, l’Essai 21 dĂ©crit comment l’affection maternelle nous a donnĂ© nos instincts moraux—ainsi que le scientifique qui a osĂ© l’admettre.

 

 

PARTIE 2 La source de la colĂšre volcanique chez les humains et pourquoi nous avons dĂ» utiliser la fausse excuse des “instincts sauvages”

 

Je veux maintenant interrompre cette prĂ©sentation des penseurs qui ont reconnu les Ă©lĂ©ments de l’instinct vs l’intellect de la condition humaine pour premiĂšrement parler davantage de l’effet de la “double peine” d’avoir offensĂ© nos instincts moraux, et deuxiĂšmement de pourquoi nous n’avions pas d’autre choix que d’employer la fausse excuse des “instincts sauvages”.

 

D’oĂč est venu la colĂšre volcanique chez les humains

Ce que je veux ajouter Ă  ce que j’ai dit Ă  propos de la “double peine” que nous, les humains conscients, avons dĂ» endurer (d’ĂȘtre condamnĂ©s pour avoir dĂ©fiĂ© nos instincts, puis Ă  nouveau pour avoir rĂ©pondu Ă  cette condamnation d’une maniĂšre colĂ©rique, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ©e qui a d’avantage offensĂ© nos instincts moraux spĂ©cifiques) sont les consĂ©quences de n’avoir jamais acceptĂ© que nous mĂ©ritions toute cette condamnation. En fait, ce qui nous a permis de continuer tout au long de ces 2 millions d’annĂ©es (qui est la pĂ©riode probable oĂč nous, les humains, avons Ă©tĂ© pleinement conscients) oĂč nous avons dĂ» vivre avec cette terrible condamnation, c’est que nous avons toujours cru intuitivement qu’il devait y avoir une raison Ă  notre condition corrompue et qu’un jour nous trouverions cette explication rĂ©demptrice et psychologiquement soulageante—que, comme je le soutiens, nous avons enfin trouvĂ©.

Si nous pensons Ă  l’ampleur de l’injustice de cette situation oĂč, pendant environ 2 millions d’annĂ©es, nous avons Ă©tĂ© condamnĂ©s comme des monstres malĂ©fiques, destructeurs-de-l’innocence, annihilateurs-du-Jardin d’Eden, par le monde entier alors que tout ce temps nous ne pensions pas l’ĂȘtre, mais ne pouvions pas expliquer pourquoi, nous pouvons voir d’oĂč vient toute la frustration volcanique et la colĂšre dĂ©moniaque en nous, les humains.

 

A collage showing examples of the volcanic anger in humans: Nazi rally; skulls from Pol Pot regime; Klu Klux Klan; wartime execution

 

Imaginez vivre un seul jour avec l’injustice d’ĂȘtre condamnĂ© comme mauvais, malfaisant et indigne alors que vous sauriez intuitivement, mais seriez incapable d’expliquer, que vous ĂȘtes en fait tout le contraire, Ă  savoir vraiment merveilleux, bons et pleins de sens —en fait, comme il s’avĂšre, les hĂ©ros de toute l’histoire de la vie sur Terre ! À quel point seriez-vous tourmentĂ©s—à quel point perturbé—à la fin de cette journĂ©e ? Vous seriez blessĂ©s jusqu’au cƓur et furieux ! Alors extrapolez cette expĂ©rience sur 2 millions d’annĂ©es et vous pourrez commencer Ă  apprĂ©cier la frustration et la colĂšre volcaniques qui doivent maintenant exister en nous, humains ! Alors que nous avons appris Ă  retenir et Ă  dissimuler de maniĂšre significative—à “civiliser”—la quantitĂ© phĂ©nomĂ©nale de perturbation en nous, sous la surface, notre espĂšce doit bouillir de rage, et parfois, lorsque notre retenue ne peut plus trouver un moyen de la contenir, la colĂšre doit s’exprimer—d’oĂč notre capacitĂ© Ă  commettre des actes choquants de cruautĂ©, de sadisme, de haine, de meurtre et de guerre. Et il n’est pas Ă©tonnant que nous ayons menĂ© une existence si Ă©vasive, pratiquant le dĂ©ni, mentant, â€œĂ©vitant-Ă -tout-prix-la-vĂ©ritĂ©-de-notre-Ă©tat-corrompu”, fuyant, superficielle et artificielle, avare, â€œĂ©touffons-nous-de-gloire-matĂ©rielle-alors-que-nous-manquons-de-la-gloire-spirituelle-de-la-comprĂ©hension-compatissante-de-nous-mĂȘmes”, recherchant le pouvoir, la renommĂ©e, la fortune et la gloire.

 

Images showing: a winning sports team; a pile of money; a luxury sports car; and a lavish house

 

Nous sommes vĂ©ritablement des crĂ©atures en dĂ©tresse psychologique—mais maintenant, nous pouvons enfin nous expliquer et mettre fin Ă  la psychose. Le mot « psychiatrie » signifie littĂ©ralement « guĂ©rison de l’ñme » (dĂ©rivĂ© de psychĂ© signifiant « Ăąme » et iatreia qui signifie « guĂ©rison »—voir les paragraphes 63 et 72 de LIBERTÉ), mais jamais auparavant nous n’avons Ă©tĂ© en mesure de “guĂ©rir notre Ăąme”, d’expliquer Ă  notre moi instinctif originel ou Ăąme que notre moi pensant pleinement conscient est bon et non mauvais et, ce faisant, rĂ©concilier et guĂ©rir notre moi divisĂ©. Le psychanalyste Carl Jung n’a jamais cessĂ© de dire que « l’intĂ©gritĂ© pour les humains dĂ©pend de la capacitĂ© de supporter notre propre ombre »—eh bien maintenant, nous pouvons enfin nous aimer. Tout le monde peut rentrer au chaud maintenant. L’espĂšce humaine peut enfin ressentir un soulagement profond et durable !

 

Pourquoi nous devions utiliser la fausse excuse des “instincts sauvages”

Non seulement l’injustice de notre situation a provoquĂ© en nous une frustration et une colĂšre volcaniques, mais la honte astronomique, la culpabilitĂ© et l’insĂ©curitĂ© de paraĂźtre comme des crĂ©atures viles, perverses et destructrices d’innocence ont Ă©galement nĂ©cessitĂ© que nous trouvions une excuse pour notre condition corrompue pendant que nous cherchions la vraie raison—et c’est lĂ  que l’excuse manifestement fausse des “instincts sauvages” est venue Ă  notre secours.

Pour apprĂ©cier pleinement l’agonie de notre condition humaine, nous devons continuer Ă  nous plonger dans l’horreur totale de notre situation. Si notre espĂšce vivait autrefois dans un Ă©tat pacifique merveilleusement coopĂ©ratif, dĂ©sintĂ©ressĂ© et aimant, comme l’ont reconnu les grands penseurs que je viens de mentionner, alors quelle honte extrĂȘme devons-nous ressentir pour notre condition corrompue ? La question qui rĂ©clame une rĂ©ponse est la suivante : “Pourquoi diable aurions-nous Ă©tĂ© si stupides d’avoir quittĂ© une existence aussi merveilleuse ? Comment expliquer la soi-disant “chute en disgrĂące” de notre espĂšce ; pourquoi nous sommes-nous Ă©cartĂ©s de notre mode de vie instinctif originel Ă©dĂ©nique de nos instincts moraux et sommes-nous devenus des guerriers brutalement agressifs, des concurrents Ă©gomaniaques et des fous psychotiques et nĂ©vrotiques? Pourquoi avons-nous dĂ©truit le paradis, transformĂ© l’utopie en dystopie !?” Cela a Ă©tĂ© notre terrible situation : comment diable pouvions-nous expliquer et justifier cet acte apparent de folie. MĂȘme si nous pensions intuitivement que ce n’était pas vrai, notre comportement semblait impliquer irrĂ©futablement que nous sommes d’horribles monstres ?!

De toute Ă©vidence, essayer de vivre avec l’implication que nous sommes des monstres mĂ©chants et indignes a Ă©tĂ© insupportable, ce qui signifie qu’il Ă©tait absolument impĂ©ratif que nous trouvions une excuse procurant un peu de soulagement et justifiant notre Ă©tat corrompu en attendant que l’explication rĂ©elle soit trouvĂ©e—et, comme je l’ai dit, c’est lĂ  que l’excuse des “instincts sauvages” est venue Ă  notre secours.

Aussi clairement faux que cela soit, nous pouvions appliquer un peu d’auto-duperie mentale pour nous persuader que, “Regardez, les animaux sont en compĂ©tition et se battent tout le temps, donc c’est aussi notre hĂ©ritage animal” ! Fondamentalement, oublier simplement le fait que nous avons des instincts moraux aimants et embrasser avec dĂ©termination l’excuse des “instincts sauvages” ! Sans surprise vraiment, Ă©tant donnĂ© l’agonie de notre pĂ©nible situation, quand nous, les humains, sommes acculĂ©s psychologiquement, toute excuse fera l’affaire, nous devons juste en trouver une—et c’est ce que nous avons fait avec l’excuse des “instincts sauvages”.

 

A collage with a hyena pack feeding on a carcass, Bighorn rams charge about to butt heads, and a lion brings down a buffalo.

AdobeStock; jeaneeem / Flickr

 

Encore une fois, comme je l’ai dit dans la deuxiĂšme vidĂ©o/essai de cette sĂ©rie, cette excuse selon laquelle nous avons des instincts sauvages animaux motivĂ©s par le besoin de reproduire nos gĂšnes comme les autres animaux est l’excuse que pratiquement tout le monde a utilisĂ©e pour notre comportement compĂ©titif, Ă©goĂŻste et agressif affligĂ© par la condition humaine. Nos conversations sont saturĂ©es de cette justification de notre comportement fondĂ©e sur les “instincts sauvages”, avec des commentaires tels que : “Nous sommes programmĂ©s par nos gĂšnes pour essayer de dominer les autres et ĂȘtre un gagnant dans la bataille de la vie”, “Notre prĂ©occupation pour la conquĂȘte sexuelle est due Ă  notre instinct primitif de semer nos graines”, “Les hommes se comportent de maniĂšre abominable parce que leur corps est inondĂ© de testostĂ©rone pour reproduire leurs gĂšnes”, “Nous voulons une grande maison parce que nous sommes intrinsĂšquement territoriaux”, “Les combats et la guerre ne sont que notre nature animale qui s’exprime” et “Les religions ne sont que des manifestations de notre mentalitĂ© de groupe axĂ©e sur la survie”. Et puis il y a le commentaire le plus courant de tous, que “C’est juste la nature humaine d’ĂȘtre Ă©goĂŻste”. Nous nous sommes leurrĂ©s en disant que d’autres animaux sont constamment en compĂ©tition et se battent les uns avec les autres dans le but d’assurer la reproduction de leurs gĂšnes, et donc que c’est aussi ce que nos ancĂȘtres ont fait, et c’est donc de lĂ  que vient notre comportement brutal de compĂ©tition et d’agressivitĂ©, que nous—“nous” Ă©tant notre moi conscient—devions passer toute notre vie Ă  essayer de contrĂŽler.

Mais encore une fois, comme je l’ai soulignĂ©, la thĂ©orie des “instincts sauvages” n’est tout simplement pas vraie, c’est juste une excuse commode que nous avons trouvĂ©e. PremiĂšrement, nous les humains, n’avons pas d’instincts sauvages de compĂ©tition, Ă©goĂŻstes et agressifs comme les autres animaux, nous avons des instincts moraux coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, qui s’expriment Ă  travers ce que nous appelons notre conscience ; souvenez-vous des paroles de Darwin : « Le sens moral offre peut-ĂȘtre la meilleure et la plus haute distinction entre l’homme et les animaux infĂ©rieurs. » Et deuxiĂšmement, les mots utilisĂ©s pour dĂ©crire le comportement humain tels qu’égocentrique, arrogant, inspirĂ©, dĂ©primĂ©, trompĂ©, pessimiste, optimiste, haineux, cynique, mĂ©chant, immoral, brillant, culpabilisĂ©, malfaisant, psychotique ou nĂ©vrosĂ©, reconnaissent tous l’implication de l’esprit pensant pleinement conscient de NOTRE espĂšce. Ils dĂ©montrent qu’il y a une dimension psychologique Ă  notre comportement ; que nous ne souffrons pas d’une “condition animale” liĂ©e Ă  l’opportunisme gĂ©nĂ©tique, mais d’une CONDITION HUMAINE psychologiquement troublĂ©e.

 

A selection of science books based upon the ‘savage instincts’ excuse for human behaviour

Certains des nombreux livres scientifiques qui rendent compte du comportement humain en utilisant la fausse excuse des “instincts sauvages”—voir VidĂ©o/​Essai LibertĂ© 14.

 

De plus, si nous avons des instincts moraux coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants (ce que nous avons, comme Darwin l’a dit), et non des instincts compĂ©titifs, Ă©goĂŻstes et agressifs comme les autres animaux, alors ces instincts coopĂ©ratifs et aimants doivent provenir d’une Ă©poque oĂč nos ancĂȘtres—vraisemblablement nos lointains ancĂȘtres singes—vivaient de maniĂšre coopĂ©rative, dĂ©sintĂ©ressĂ©e et aimante. Et en fait, nos ancĂȘtres singes ont vĂ©cu de maniĂšre coopĂ©rative, dĂ©sintĂ©ressĂ©e et aimante, et, comme cela a Ă©tĂ© maintenant expliquĂ©, c’est en affectionnant leurs enfants, comme le font les bonobos, qu’ils ont rĂ©ussi Ă  atteindre ce merveilleux mode de vie doux, partageur, coopĂ©ratif et pacifique que MoĂŻse, HĂ©siode et Platon, et beaucoup d’autres grands penseurs d’autrefois, ont reconnu.

Mais comme je l’ai soulignĂ©, l’immense problĂšme que nous avons eu avec cette vĂ©ritĂ© selon laquelle nos ancĂȘtres Ă©taient coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, c’est qu’elle a condamnĂ© de maniĂšre absolument insupportable notre condition de corruption actuelle, ce qui signifie que nous devions simplement trouver un moyen de la nier, et c’est donc lĂ  que l’excuse des “instincts sauvages” est venue Ă  notre secours. Nous devons mesurer Ă  quel point notre situation a Ă©tĂ© diabolique. Ce n’est que lorsque la science a rĂ©vĂ©lĂ© la diffĂ©rence entre les orientations instinctives et les comprĂ©hensions conscientes que nous, les humains, avons finalement Ă©tĂ© en mesure d’expliquer la vraie raison de notre comportement compĂ©titif et agressif. Jusqu’à ce que nous dĂ©couvrions les nerfs et les gĂšnes et leur fonctionnement, chaque fois que nous pensions sincĂšrement Ă  notre condition humaine “corrompue” ou “dĂ©chue”, destructrice de notre innocence, assassine du jardin d’Eden, la seule conclusion Ă  laquelle nous pouvions arriver Ă©tait que nous devions ĂȘtre d’horribles monstres. Sans la science nous offrant la capacitĂ© d’expliquer les nerfs et les gĂšnes, nous Ă©tions complĂštement bloquĂ©s et dans l’incapacitĂ© de nous expliquer honnĂȘtement.

 

Detail from Michelangelo’s Sistine Chapel depiction of Adam and Eve being cast out of the Garden of Eden

Le pĂ©chĂ© originel et l’’expulsion du paradis (dĂ©tail) de Michel-Ange, vers 1512

 

Et comme la science n’a dĂ©couvert l’existence des gĂšnes et des nerfs et leur fonctionnement qu’au cours des 160 derniĂšres annĂ©es environ (depuis que Darwin a publiĂ© sa thĂ©orie de la sĂ©lection naturelle), c’est une quantitĂ© stupĂ©fiante de temps que nous les humains pleinement conscients avons eu Ă  vivre sans la capacitĂ© Ă  nous expliquer honnĂȘtement—environ 2 millions d’annĂ©es en fait.

Alors maintenant, nous pouvons voir Ă  quel point il a Ă©tĂ© important de nier que nos ancĂȘtres vivaient en coopĂ©ration et avec amour et au lieu de ça, se leurrer en croyant qu’ils Ă©taient des brutes sauvages essayant de reproduire leurs gĂšnes comme les autres animaux—parce que, sans ce dĂ©ni et cette excuse, nous n’aurions tout simplement pas pu nous en sortir et vivre avec nous-mĂȘme pendant tout ce temps ! Et nous pouvons aussi voir maintenant quel soulagement absolument incroyable c’est d’avoir la vraie raison de notre condition corrompue et de ne plus avoir Ă  continuer la mascarade de croire en une fausse excuse ! Et il n’y a pas seulement le soulagement de ne plus avoir Ă  mentir bĂȘtement, cette vĂ©ritable comprĂ©hension que nous avons maintenant de la condition humaine permet Ă  chaque ĂȘtre humain de ne plus avoir Ă  vivre une existence Ă©gocentrique, agressive, dĂ©fensive et vengeresse. Nous pouvons ĂȘtre transformĂ©s pour vivre sans condition humaine, ce qui est un changement fabuleux que Tony Gowing dĂ©crit dans la prochaine vidĂ©o/​essai (5), et je le dĂ©crirai plus en dĂ©tail dans l’Essai LibertĂ© 15. Donc, il n’y a vraiment aucune comparaison entre la vie que nous avons eue jusqu’à prĂ©sent et ce qu’il nous est maintenant offert !!! [Visitez notre page Transformation pour en savoir plus sur le Mode de Vie TransformĂ©, et l’exemple magnifique de Tony pour l’État TransformĂ©.]

 

 

PARTIE 3 Les penseurs contemporains qui ont reconnu les Ă©lĂ©ments de base de l’instinct vs l’intellect impliquĂ©s dans la production de la condition humaine

 

Le point principal de ce qui vient d’ĂȘtre expliquĂ© est que jusqu’à ce que la science rĂ©vĂšle la diffĂ©rence dans le fonctionnement des gĂšnes et des nerfs et, ce faisant, nous permette d’expliquer vĂ©ritablement pourquoi nous, les humains, sommes devenus compĂ©titifs, agressifs et Ă©goĂŻstes (ce que, encore une fois, je suggĂšre ĂȘtre l’explication prĂ©sentĂ©e dans la vidĂ©o/essai prĂ©cĂ©dente), nous n’avions pas d’autre choix que d’utiliser l’excuse malhonnĂȘte des “instincts sauvages” pour notre comportement de division. Cela soulĂšve la question de, puisque ces comprĂ©hensions du fonctionnement des gĂšnes et des nerfs sont connues depuis environ 160 ans, pourquoi l’explication instinct vs intellect que j’ai donnĂ©e pour la condition humaine n’a-t-elle pas Ă©tĂ© trouvĂ©e auparavant—et pourquoi la science n’est-t-elle pas accourue pour reconnaĂźtre cette dĂ©couverte ? La raison pour laquelle cela n’a pas Ă©tĂ© trouvĂ© est que presque tous les scientifiques, comme pratiquement tous les autres humains, se sont profondĂ©ment engagĂ©s Ă  Ă©viter le problĂšme insupportable de la condition humaine (la terrifiante question de savoir pourquoi nous sommes si corrompus, et nos Ăąmes dĂ©truites) et sont habituĂ©s Ă  utiliser l’excuse des “instincts sauvages” pour se dĂ©fendre. J’ai dĂ» penser indĂ©pendamment de la pensĂ©e scientifique dominante pour rĂ©flĂ©chir suffisamment honnĂȘtement Ă  la condition humaine pour la rĂ©soudre. Et, pour ce qui est de faire accepter cette comprĂ©hension par l'establishment scientifique, la science a toujours mis du temps Ă  passer Ă  un nouveau paradigme de pensĂ©e, surtout lorsque le nouveau paradigme est plus vĂ©ridique—une difficultĂ© que le dramaturge George Bernard Shaw a reconnue lorsqu’il a dit que « Toutes les grandes vĂ©ritĂ©s commencent comme des blasphĂšmes. » Vous pouvez en apprendre beaucoup plus sur le dĂ©ni de la condition humaine par la science et sur sa perpĂ©tuation extrĂȘmement dangereuse de l’excuse des instincts sauvages dans la VidĂ©o/​Essai LibertĂ© 14, et au chapitre 2 de LIBERTÉ. En effet, la VidĂ©o/Essai LibertĂ© 14 donne une description trĂšs puissante de toute la malhonnĂȘtetĂ© dans la science, et oĂč cette malhonnĂȘtetĂ© nous a conduit—soit tout droit vers l’extinction !

Cela nous amĂšne donc au point principal de cette prĂ©sentation, qui est que vous saurez que l’explication de la condition humaine que j’ai avancĂ©e est la vĂ©ritable explication car si nous pensons sincĂšrement Ă  la condition humaine—au lieu de vivre malhonnĂȘtement dans le dĂ©ni de celle-ci comme pratiquement tout le monde, y compris les scientifiques, l’ont fait—alors il devient Ă©vident que l’explication de l’instinct contre l’intellect est l’explication tout Ă  fait Ă©vidente et pleinement responsable et donc vraie de notre comportement de division. Et cette Ă©vidence est abondamment appuyĂ©e par les nombreux grands penseurs Ă  travers l’histoire qui ont reconnu ces Ă©lĂ©ments de l’instinct contre l’intellect, tels que ceux que j’ai dĂ©jĂ  mentionnĂ©s de l’histoire ancienne, et ceux que je suis sur le point de mentionner de l’époque contemporaine. Comme vous le verrez, bien qu’aucun de ces penseurs n’ait rĂ©ussi Ă  expliquer pleinement la condition humaine—dans certains cas parce qu’à leur Ă©poque la science n’avait pas encore rĂ©vĂ©lĂ© la nature des gĂšnes et des systĂšmes nerveux—tous ont reconnu les ingrĂ©dients clĂ©s impliquĂ©s dans cette explication honnĂȘte et vĂ©ridique de notre esprit conscient en contradiction avec nos instincts.

Cependant, bien que tous ces penseurs ont reconnu les ingrĂ©dients fondamentaux de l’instinct contre l’intellect impliquĂ©s dans la production de l’état psychologiquement perturbĂ© de la condition humaine, vous remarquerez que parmi les penseurs contemporains que je suis sur le point de mentionner, il y a une variation dans l’honnĂȘtetĂ© de chacun sur le fait que ces instincts en nous soient coopĂ©ratifs, dĂ©sintĂ©ressĂ©s et aimants, et pas compĂ©titifs, Ă©goĂŻstes et agressifs. Tous les penseurs contemporains n’ont pas Ă©tĂ© capables de reconnaĂźtre la vĂ©ritĂ© de notre passĂ© coopĂ©ratif et aimant parce que plus l’espĂšce humaine est devenue colĂ©rique, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ©e, plus affronter la vĂ©ritĂ© de notre passĂ© d’innocence est devenu insupportable. Il s’ensuit que dans les temps anciens, lorsque l’état contrariĂ©, Ă©gocentrique et aliĂ©nĂ© de la condition humaine n’était pas aussi dĂ©veloppĂ© qu’il l’est maintenant, il y avait une reconnaissance plus vĂ©ridique de l’hĂ©ritage coopĂ©ratif, dĂ©sintĂ©ressĂ© et aimant de notre espĂšce, et de sa corruption lorsque nous sommes devenus conscients—ce que dĂ©montrent les exemples des temps anciens.

MĂȘme ainsi, alors que tous les penseurs des temps anciens les moins perturbĂ©s, les plus innocents et les plus naĂŻfs inclus ici Ă©taient tous capables de reconnaĂźtre notre hĂ©ritage coopĂ©ratif, dĂ©sintĂ©ressĂ© et aimant, il y avait dĂ©jĂ , mĂȘme Ă  cette Ă©poque, beaucoup de gens qui voulaient le nier, et nous le savons parce que Platon nous raconte ce dĂ©ni dans les temps anciens : « le souvenir nous a Ă©tĂ© transmis par nos premiers ancĂȘtres [de « la race nĂ©e de la terre »], qui, nĂ©s au commencement de notre cycle [plus troublĂ© qu’avant], touchaient immĂ©diatement au temps oĂč finit le cycle prĂ©cĂ©dent [de cet Ăąge innocent antĂ©rieur]. Ce sont eux qui furent pour nous les hĂ©rauts de ces traditions [sous la forme de « race » existante de personnes relativement innocentes, telles que celles qui existent encore aujourd’hui comme les Bushmen du Kalahari et les AborigĂšnes Australiens] que beaucoup de gens ont aujourd’hui le tort de rĂ©voquer en doute ». Bien sĂ»r, Ă©tant membres des humains modernes, les Homo sapiens sapiens, les Bushmen et les AborigĂšnes seront toujours pleins de perturbations par rapport Ă  nos lointains ancĂȘtres originels, totalement innocents, semblables aux bonobos—ils ne sont que relativement innocents par rapport Ă  la plupart des races d’aujourd’hui. (voir par. 860 de LIBERTÉ)

Ainsi, mĂȘme s’il y a dans notre Ăšre moderne encore plus de dĂ©ni du passĂ© innocent de notre espĂšce qu’à l’époque de Platon quand il a dĂ©plorĂ© que « beaucoup de gens ont aujourd’hui le tort de rĂ©voquer en doute » notre passĂ© innocent, comme vous le verrez Ă  la suite dans la collection de penseurs contemporains qui ont reconnu les Ă©lĂ©ments de base de l’instinct contre l’intellect impliquĂ©s dans la production de la condition humaine, il y en a encore qui ont vĂ©ritablement reconnu les deux Ă©lĂ©ments de base et que nos instincts Ă©taient coopĂ©ratifs et aimants.

(Encore une fois, la source de toutes ces citations dans cette prĂ©sentation peut ĂȘtre trouvĂ©e dans l’Essai LibertĂ© 53, la version plus longue de cette prĂ©sentation, oĂč sont rapportĂ©s beaucoup plus de reconnaissances de la corruption de notre Ă©tat initial d’innocence par notre esprit conscient.)

 

Portrait photograph of South African naturalist, Eugene Marais

Eugùne Marais (1871–1936)

Cover of the book ‘The Soul of the Ape’ by Eugene Marais

 

En identifiant le rĂŽle de l’instinct et de l’intellect dans la production de la condition humaine, le naturaliste sud-africain EugĂšne Marais Ă©tait sur la bonne voie quand, entre 1916 et 1937, il Ă©crivit que « La grande frontiĂšre entre les deux types de mentalitĂ© est la ligne qui sĂ©pare les mammifĂšres non-primates des primates et singes. D’un cĂŽtĂ© de cette ligne, le comportement est dominĂ© par la mĂ©moire hĂ©rĂ©ditaire, et de l’autre par la mĂ©moire causale individuelle
 L’histoire phylĂ©tique [dĂ©veloppement Ă©volutif] de l’ñme primate peut ĂȘtre clairement retracĂ©e dans l’évolution mentale de l’enfant humain. Le primate le plus Ă©levĂ©, l’homme, est nĂ© un animal instinctif. Tout son comportement pendant une longue pĂ©riode aprĂšs la naissance est dominĂ© par la mentalitĂ© instinctive ... il n’a pas de mĂ©moire, pas de conception de cause Ă  effet, pas de conscience ... Alors que la nouvelle Ăąme, l’ñme de la mĂ©moire individuelle Ă©merge lentement, l’ñme instinctive devient comme lentement submergĂ©e
 Pendant un certain temps, c’est presque comme s’il y avait une lutte entre les deux. » Marais a Ă©galement reconnu que « l’instinct
 est incapable de s’écarter d’une certaine maniĂšre fixe de se comporter
 Cette mĂ©moire hĂ©ritĂ©e est Ă  tous Ă©gards un terrible tyran. » Il s’est en outre rendu compte que « la soi-disant “ñme subliminale” de l’homme—la mentalitĂ© “subconsciente”—n’est autre que cette vieille mentalitĂ© “animale” [instinctive] qui a Ă©tĂ© mise hors d’action par la nouvelle mentalitĂ© [consciente]. »

Nous pouvons reconnaĂźtre une grande partie de l’analogie d’Adam la Cigogne que j’utilise pour expliquer la condition humaine dans la VidĂ©o/​Essai LibertĂ© 3 dans la description de Marais—l’émergence de l’esprit conscient et, au fur et Ă  mesure que la conscience Ă©merge, la « lutte » contre les instincts inflexibles, « tyran[niques] » qui Ă©clate. Marais a non seulement reconnu les Ă©lĂ©ments des instincts et de l’intellect conscient impliquĂ©s dans la condition humaine, il a aussi rĂ©flĂ©chi Ă  la maniĂšre dont les deux Ă©lĂ©ments interagissaient. Avait-il poursuivi et dĂ©veloppĂ© sa constatation de la « lutte » Ă©mergeant entre « l’ñme instinctive » ou « mĂ©moire hĂ©rĂ©ditaire » inflexible, « tyran[nique] » et la nouvelle « mĂ©moire » « consciente » capable d’avoir une « conception de cause Ă  effet », cette « mĂ©moire causale individuelle », il aurait pu se rendre compte, comme moi, que la bonne raison pour laquelle l’intellect conscient devait dĂ©fier les instincts tyranniques Ă©tait parce que l’esprit conscient devait rechercher la comprĂ©hension de la relation de « cause Ă  effet », et ainsi que c’était cette « lutte » culpabilisante particuliĂšre qui a provoquĂ© la nature humaine corrompue, compĂ©titive, agressive et Ă©goĂŻste.

VoilĂ  donc une analyse incroyablement honnĂȘte et donc pĂ©nĂ©trante de l’origine de notre condition humaine corrompue !

 

Portrait photograph of Sir Laurens van der Post in army uniform

Sir Laurens van der Post (1906–1996)

The book cover of ‘Testament to the Bushmen’ by Laurens van der Post and Jane Taylor

 

L’Essai LibertĂ© 51 se consacre Ă  expliquer la signification du travail de Sir Laurens van der Post, en particulier ses nombreux Ă©crits sur le peuple Boschiman relativement innocent du dĂ©sert du Kalahari en Afrique du Sud. Ce qui est pertinent ici, c’est que Sir Laurens, que je considĂšre comme le philosophe prééminent du vingtiĂšme siĂšcle et qui, comme Marais, Ă©tait d’Afrique du Sud, avait une capacitĂ© honnĂȘte et sans dĂ©ni Ă  reconnaĂźtre l’implication de nos instincts moraux et de notre intellect corrupteur dans la production de l’état perturbĂ© de la condition humaine. Comme nous pouvons le voir dans ce passage Ă©crit par Sir Laurens en 1984, il a courageusement reconnu qu’« avant l’aube de la conscience individuelle », les humains vivaient dans un Ă©tat d’« unitĂ© »—un Ă©tat qu’il nous dit vouloir tant retrouver qu’il a Ă©tĂ© « comme un mal du pays insoutenable Ă  la base du cƓur humain ». Il a Ă©crit : « Cette vie stridente, friable et prĂ©somptueuse d’aujourd’hui est par comparaison un cimetiĂšre oĂč les vivants sont morts et les morts sont vivants et parlent [Ă  travers notre Ăąme] dans la voix calme, petite et claire d’un amour et d’une confiance en la vie que nous avons pour le moment perdu
 [il fut un temps oĂč] Tous sur terre et dans l’univers Ă©taient encore membres et affiliĂ©s Ă  la race primitive en quĂȘte de rĂ©confort et de chaleur Ă  travers la longue et froide nuit avant l’aube de la conscience individuelle, dans une unitĂ© qui nous ronge encore comme un mal du pays insoutenable Ă  la base du cƓur humain. » Dans une rĂ©fĂ©rence encore plus explicite, Sir Laurens a Ă©galement reconnu la « guerre » rĂ©elle qui existe entre notre moi instinctif innocent originel et notre nouvel intellect conscient, en Ă©crivant « Je vous ai parlĂ© plus tĂŽt de cet enfant noir de la nature, cet autre homme primitif en chacun de nous avec lequel nous sommes en guerre dans notre esprit. »

Nous pouvons voir que si Sir Laurens a Ă©tĂ© capable de reconnaĂźtre clairement la « guerre » entre notre « enfant
 de la nature » instinctif, originel, innocent, pur en son Ăąme et notre nouvelle « conscience individuelle » ou « esprit » conscient, il n’a pas fourni la bonne raison biologique de POURQUOI la « guerre » s’est produite, permettant de nous rĂ©concilier et de nous racheter.

Je dois noter ici qu’en reconnaissant l’innocence relative du peuple Boschiman du Kalahari, Sir Laurens s’est rebellĂ© avec dĂ©fiance contre la pratique du dĂ©ni de la vĂ©ritĂ© que nous les humains avons autrefois vĂ©cu dans un Ă©tat innocent sans perturbation, avant l’émergence de la condition humaine. (Ce dĂ©fi et la persĂ©cution de Sir Laurens qui en rĂ©sulta sont dĂ©crits dans l’Essai LibertĂ© 51.) Par exemple, il Ă©crivit en 1961 qu’« il y avait en effet un premier enfant de la vie cruellement reniĂ© et nĂ©gligĂ©, un Bushman en chacun de nous. » Il a mĂȘme dĂ©crit l’harmonie et la sensibilitĂ© relativement intactes de l’état le plus innocent du Bushman, Ă©crivant en 1958 que « Lui [le Bushman] et ses besoins Ă©taient attachĂ©s Ă  la nature de l’Afrique et au mouvement de ses larges saisons autant que le poisson Ă  la mer. Lui et eux participaient de maniĂšre si profonde Ă  l’ĂȘtre de l’autre que l’expĂ©rience pourrait presque ĂȘtre qualifiĂ©e de mystique. Par exemple, il semblait savoir ce que cela faisait d’ĂȘtre un Ă©lĂ©phant, un lion, une antilope, une gazelle, un lĂ©zard, une souris rayĂ©e, une mante, un baobab, un cobra Ă  crĂȘte jaune ou une amaryllis Ă©toilĂ©e, pout ne mentionnez que quelques-unes des multitudes brillantes dans lesquelles il se dĂ©plaçait si habilement. MĂȘme enfant, il me semblait que son monde n’avait pas de secrets entre une forme d’ĂȘtre et une autre. »

Faisant Ă©cho aux sentiments de Sir Laurens, le philosophe d’origine suisse Jean-Jacques Rousseau a exprimĂ© ce que nous savons tous intuitivement ĂȘtre la vĂ©ritĂ© lorsqu’il a Ă©crit que « rien n’est plus doux que lui [l’homme] dans son Ă©tat primitif » et que « l’homme est nĂ© libre et partout il est dans les fers ». Si Rousseau n’a jamais utilisĂ© le terme de « noble sauvage », ces citations montrent pourquoi il Ă©tait associĂ© Ă  ce concept. Le romancier et poĂšte anglais D.H. Lawrence a Ă©galement reconnu honnĂȘtement l’état d’innocence sensible de notre espĂšce lorsqu’il a Ă©crit « Car, oh, je sais, dans la poussiĂšre oĂč nous avons enseveli / Les peuples du silence et toutes leurs abominations [l’insupportable et confrontante condamnation de leur innocence], Nous avons enseveli une grande part de la dĂ©licate magie de la vie ».

 

Collage of portraits of Jean-Jacques Rousseau, DH Lawrence and Fyodor Dostoyevsky

G-D: Jean-Jacques Rousseau (1712–1778), D.H. Lawrence (1885–1930), Fiodor Dostoïevski (1821–1881)

 

Lorsque Sir Laurens a parlĂ© des Bushmen relativement innocents qui semblaient « savoir ce que cela faisait d’ĂȘtre 
 une souris rayĂ©e, une mante, un baobab », cela m’évoque le souvenir intuitif de l’état d’innocence de notre espĂšce semblable-aux-bonobos du grand romancier russe Fiodor DostoĂŻevski en 1877— souvenir intuitif oĂč il se remĂ©more : « Les prairies flamboyantes de fleurs Ă©clatantes et parfumĂ©es. Des oiseaux, par volĂ©es venaient traverser l’air et, sans me craindre, ils se posaient sur mes Ă©paules et sur mes mains et me frappaient joyeusement de leurs jolies petites ailes frissonnantes. Et finalement, je vis et je connus les hommes de cette terre heureuse. Ils vinrent vers moi d’eux-mĂȘmes, ils m’entourĂšrent, ils m’embrassaient. Les enfants du soleil, enfant de leur soleil—qu’ils Ă©taient beaux ! ... Leur visage irradiait... une gaietĂ© enfantine sonnait dans les voix et les paroles de ces gens... C’était une terre pas encore souillĂ©e par le pĂ©chĂ© originel, n’y vivaient que des hommes qui n’avaient pas encore pĂ©chĂ©... Ils ne dĂ©siraient rien et ils Ă©taient en repos, ils n’éprouvaient pas cette aspiration Ă  connaĂźtre la vie que nous Ă©prouvons nous-mĂȘmes, parce que leur vie Ă©tait toute plĂ©nitude. Mais leur savoir Ă©tait plus profond et plus haut que celui de notre science...et cela, je le compris, mais je fus incapable de comprendre en quoi leurs connaissances consistaient. Ils me montraient leurs arbres, et j’étais incapable de comprendre le degrĂ© d’amour avec lequel ils les regardaient : comme s’ils parlaient avec des ĂȘtres qui leur Ă©taient semblables... et je suis convaincu que les arbres les comprenaient. Ainsi regardaient-ils toute la nature—les animaux, qui vivaient avec eux dans la concorde, ne les attaquaient pas et les aimaient, vaincu par leur amour... Il n’y avait entre eux jamais de disputes, jamais de jalousie... car ils composaient tous une seule famille. » Cette description d’ĂȘtre « vaincu par leur amour » ressemble tellement Ă  la description donnĂ©e par la chercheuse primatologue Vanessa Woods, qui comme mentionnĂ© plus tĂŽt disait que les bonobos « vous aiment avec un tel abandon dĂ©vouĂ© que vous les aimez en retour. Vous devez les aimer en retour ». Encore une fois, nous voyons Ă  quel point notre mĂ©moire est exacte, si nous ne la renions pas, de ce qu’était la vie « avant la chute ».

 

Portrait photograph of philosopher Nikolai Berdyaev

Nikolai Berdiaev (1874–1948)

Cover of the book ‘The Destiny of Man’ by Nikolai Berdyaev

 

Le philosophe russe Nikolai Berdiaev a Ă©galement reconnu courageusement que « le souvenir du paradis perdu, de l’ñge d’or, le dĂ©sir d’y retourner, la nostalgie du Royaume de Dieu, qui revĂȘt parfois la forme utopique du paradis terrestre, sont profondĂ©ment ancrĂ©s en l’homme. » Il abordait Ă©galement la vĂ©ritĂ© sur la cause rĂ©elle de la condition humaine quand, en 1931, il Ă©crivit : « On pourrait soutenir que l’homme est un ĂȘtre irrationnel, paradoxal, tragique par principe, dans lequel s’affrontent deux mondes, deux principes extrĂȘmes », et en dĂ©crivant ces deux principes, Ă©crivant que « L’ñme humaine est dĂ©doublĂ©e, en elle sĂ©vit un antagonisme torturant d’élĂ©ments opposĂ©s... la diffĂ©renciation du conscient et de l’inconscient devint fondamentale pour la nouvelle psychologie ». Oui, cet « antagonisme » est certainement « fondamental pour la nouvelle psychologie ». Donc Berdiaev a tout identifié—l’instinct Ă©tant en guerre avec l’intellect—mais encore une fois, ce qui manque, c’est d’expliquer ce qui, dans « la diffĂ©renciation du conscient et de l’inconscient », entraine cet « antagonisme torturant ».

 

Portrait photograph of psychologist Erich Neumann

Erich Neumann (1905–1960)

Front cover of Erich Neumann’s book ‘The Origins and History of Consciousness’

 

Le psychologue allemand Erich Neumann a reconnu lui aussi la bataille et le fossĂ© entre le moi instinctif « inconscient » non-comprĂ©hensif dĂ©jĂ  Ă©tabli, et notre nouveau moi intellectuel « conscient ». Dans son livre de 1949 Origines et Histoire de la Conscience, Neumann Ă©crivait « Alors qu’à l’origine, les opposĂ©s pouvaient fonctionner cĂŽte Ă  cĂŽte sans tension excessive et sans s’exclure, maintenant, avec le dĂ©veloppement et l’élaboration de l’opposition entre conscient et inconscient, ils se sĂ©parent. C’est-Ă -dire qu’il n’est plus possible pour un objet d’ĂȘtre aimĂ© et dĂ©testĂ© en mĂȘme temps. L’ego et la conscience s’identifient en principe Ă  un cĂŽtĂ© de l’opposition et laissent l’autre dans l’inconscient, soit en l’empĂȘchant mĂȘme de surgir, c’est-Ă -dire en le supprimant consciemment, soit en le rĂ©primant, c’est-Ă -dire en l’éliminant de la conscience sans prendre conscience de le faire. Seule une analyse psychologique profonde peut alors dĂ©couvrir la contre-position inconsciente » [notre traduction]. Oui, quand nous avons dĂ©truit le Jardin d’Eden, notre Ă©tat d’innocence originelle, nous avons eu tellement honte que nous avons « rĂ©prim[Ă©] » la conscience de l’existence de cet Ă©tat d’innocence originelle dans la mesure oĂč presque tout le monde n’en a plus qu’un souvenir instinctif inconscient, de sorte que pour presque tout le monde, « seule une analyse psychologique profonde » peut atteindre cette prise de conscience. Presque tous les humains ont vĂ©cu dans un dĂ©ni effrayĂ© de l’état corrompu de la condition humaine—et le fait est que la pratique d’une telle malhonnĂȘtetĂ© extrĂȘme a rendu une rĂ©flexion honnĂȘte et efficace sur la condition humaine impossible. Seule une approche sans dĂ©ni/aliĂ©nation pourrait atteindre toutes les vĂ©ritĂ©s sur la condition humaine qui sont prĂ©sentĂ©es dans ces vidĂ©os/essais—et une telle rĂ©flexion sans dĂ©ni, honnĂȘte et efficace ne pourrait ĂȘtre rĂ©alisĂ©e que par la thĂ©rapie « profonde » Ă  laquelle Neumann a fait allusion, ou, dans mon cas, en n’ayant jamais eu Ă  se rĂ©signer Ă  bloquer et Ă  nier la vĂ©ritĂ© sur l’état d’innocence originel de notre espĂšce. (La RĂ©signation Ă  vivre dans le dĂ©ni de la condition humaine est expliquĂ©e dans l’Essai LibertĂ© 30.) Heureusement, maintenant que notre Ă©tat corrompu est expliquĂ© et dĂ©fendu, le dĂ©ni de celui-ci et toutes les pensĂ©es malhonnĂȘtes qui en dĂ©coulent peuvent prendre fin !

Nous pouvons voir que malgrĂ© la description par Neumann du conflit entre l’instinct et l’intellect, la question clĂ© persiste : pourquoi « l’élaboration » du moi « conscient » l’a-t-elle fait « se sĂ©pare[r] » du moi instinctif « inconscient » ?

 

Paul Maclean

Paul MacLean (1913–2007)

Paul Maclean’s Triune Brain

Le concept de MacLean du cerveau triunique

 

Dans les annĂ©es 1950, le neurologue amĂ©ricain Paul MacLean a dĂ©veloppĂ© sa thĂ©orie du “cerveau triunique”, selon laquelle les humains sont une espĂšce mentalement dĂ©sĂ©quilibrĂ©e en raison d’une coordination inadĂ©quate entre notre ancien cerveau Ă©motionnel et notre nouveau cerveau cognitif. MacLean a proposĂ© que les humains n’aient pas un cerveau mais trois, chacun provenant d’une Ă©tape diffĂ©rente de notre histoire Ă©volutive. Il a dit qu’il y avait le cerveau reptilien d’origine interne qui comprend le tronc cĂ©rĂ©bral et le cervelet, qui, selon lui, tend Ă  ĂȘtre rigide, compulsif et ritualiste, avec l’intention de rĂ©pĂ©ter les mĂȘmes comportements encore et encore. Ensuite, il y a le cerveau “limbique” moyen, qui, a-t-il dit, comprend l’amygdale, l’hypothalamus et l’hippocampe et est proĂ©minent chez les mammifĂšres infĂ©rieurs et s’occupe des Ă©motions et des instincts, en particulier les rĂ©actions d’alimentation, de combat ou de fuite, ainsi que du comportement sexuel et des soins maternels. Et, troisiĂšmement, il a dit qu’il y a le nĂ©ocortex ou le cerveau du cortex cĂ©rĂ©bral externe des mammifĂšres supĂ©rieurs, qui est concernĂ© par la raison, l’invention et la pensĂ©e abstraite. MacLean a dĂ©clarĂ© que « les trois formations Ă©volutionnaires pourraient ĂȘtre imaginĂ©es comme trois ordinateurs biologiques interconnectĂ©s, chacun ayant sa propre intelligence spĂ©cifique, sa propre subjectivitĂ©, son propre sens du temps et de l’espace, et sa propre mĂ©moire, sa motricitĂ© et autres fonctions. » A cause de l’indĂ©pendance entre ces trois cerveaux, MacLean les voyait comme frĂ©quemment dissociĂ©s et en conflit, avec le systĂšme limbique infĂ©rieur qui rĂ©git nos jugements de valeur altruistes et nos Ă©motions, mĂȘme capable de dĂ©tourner les fonctions mentales supĂ©rieures quand il le souhaite.

Cependant, MacLean n’a pas expliquĂ© la cause, dans ces diffĂ©rences d’intelligences, de subjectivitĂ©s, de sens du temps et de l’espace et des souvenirs, provoquant rĂ©ellement le conflit entre ces deux cerveaux particuliers. (Plus est expliquĂ© sur la thĂ©orie de MacLean, et aussi sur les thĂ©ories des autres penseurs qui sont mentionnĂ©es dans cette courte prĂ©sentation, dans la prĂ©sentation plus longue de l’Essai 53.)

 

Arthur Koestler, 1969

Arthur Koestler (1905–1983)

Cover of ‘Janus: A Summing Up’ by Arthur Koestler

 

Enfin, au cours des annĂ©es 1970, le scientifique-philosophe britannique d’origine hongroise Arthur Koestler a identifiĂ© les Ă©lĂ©ments de l’instinct et de l’intellect impliquĂ©s dans la condition humaine et a cherchĂ© une explication sur la maniĂšre dont ils auraient pu produire la condition humaine en se rĂ©fĂ©rant au concept de Paul MacLean selon lequel « l’explosion cĂ©rĂ©brale [chez les humains] a donnĂ© naissance Ă  une espĂšce mentalement dĂ©sĂ©quilibrĂ©e dans laquelle l’ancien cerveau et le nouveau cerveau, l’émotion et l’intellect, la foi et la raison, Ă©taient en dĂ©saccord. » Comme l’a dĂ©crit un commentateur, « lors d’une confĂ©rence publique, j’ai Ă©coutĂ© Arthur Koestler exprimer son opinion selon laquelle l’espĂšce humaine Ă©tait folle. Il a affirmĂ© que, en raison d’une coordination inadĂ©quate entre deux zones du cerveau—le nĂ©ocortex “rationnel” et l’hypothalamus “instinctif”—l’homme avait d’une certaine maniĂšre acquis un “ caractĂšre unique, meurtrier et dĂ©lirant” qui le propulsait, inĂ©vitablement, au meurtre, Ă  la torture et Ă  la guerre. » Cette reconnaissance que les humains ont un vieux cerveau instinctif et un cerveau cognitif plus rĂ©cent qui sont « en dĂ©saccord » en raison d’une « coordination inadĂ©quate entre » les deux Ă©tait sur la bonne voie pour expliquer la condition humaine, rĂ©pondant Ă  la question que MacLean a soulevĂ©e sur la maniĂšre dont nous avons « d’une certaine maniĂšre acquis » notre «  caractĂšre unique, meurtrier et dĂ©lirant  »—mais encore une fois, la bonne raison rĂ©conciliatrice et salvatrice de la « coordination inadĂ©quate » n’a pas Ă©tĂ© fournie par MacLean ou Koestler.

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Voici donc quelques-uns des penseurs honnĂȘtes mentionnĂ©s dans l’Essai LibertĂ© 53 qui ont reconnu les Ă©lĂ©ments fondamentaux de l’instinct contre l’intellect impliquĂ©s dans la production de notre condition humaine psychologiquement perturbĂ©e. Parmi les autres penseurs mentionnĂ©s dans l’Essai. 53, on peut citer Julian Jaynes, Christopher Booker, William Wordsworth, Ralph Waldo Emerson, William Blake, John Milton, Robert A. Johnson et Bruce Chatwin.

À la suite de cette prĂ©sentation, j’espĂšre que vous, l’auditeur ou le lecteur, avez maintenant une certaine comprĂ©hension de la raison pour laquelle nous avons dĂ» utiliser l’excuse des “instincts sauvages”, et conviendrez maintenant que l’explication instinct vs intellect de la condition humaine que j’ai prĂ©sentĂ©e dans la vidĂ©o/essai prĂ©cĂ©dente est en effet l’explication Ă©vidente et rĂ©elle de la condition humaine. Et s’il s’agit bien lĂ  de l’explication rĂ©conciliatrice dĂ©sespĂ©rĂ©ment nĂ©cessaire pour la guĂ©rison psychologique et la transformation de nos vies Ă©nervĂ©es, Ă©gocentriques et aliĂ©nĂ©es—ce qui est clairement le cas—alors vous, et tout le monde, pouvez bĂ©nĂ©ficier de cette transformation rĂȘvĂ©e de votre vie, d’une existence-accablĂ©e-par-la-condition-humaine Ă  un fabuleux Ă©tat sans condition humaine, que Tony Gowing dĂ©crit dans la prochaine vidĂ©o/essai (5), et que je dĂ©crirai plus en dĂ©tail dans l’Essai LibertĂ© 15 [voyez Ă©galement notre page Transformation]. Oui, le « mal du pays insoutenable Ă  la base du cƓur humain » de l’« unitĂ© » qui existait « avant l’aube de la conscience individuelle » dont Sir Laurens van der Post a Ă©crit si merveilleusement et honnĂȘtement, peut enfin ĂȘtre « calm[Ă©] ». Le grand poĂšte T.S. Eliot a Ă©galement rĂ©sumĂ© avec prĂ©cision notre Ă©popĂ©e humaine de l’ignorance Ă  l’illumination : « Nous ne cesserons pas d’explorer et la fin de toutes nos explorations sera d’arriver lĂ  oĂč nous avons commencĂ© et de connaĂźtre le lieu pour la premiĂšre fois. »

(Encore une fois, la source de toutes les citations utilisĂ©es dans cette prĂ©sentation se trouve dans l’Essai LibertĂ© 53, qui est la version complĂšte de cette prĂ©sentation.)Orange quote mark

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L’explication clarifiante et rĂ©demptrice de Jeremy sur la diffĂ©rence entre les instincts et l’intellect est introduite dans L’Interview (et briĂšvement dĂ©crite dans la VidĂ©o/​LibertĂ© Essai 3, et prĂ©sentĂ©e en dĂ©tail dans les chapitres 3:3 – 3:4 de LIBERTÉ.

 

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